
Avec California, Mylène Farmer, sous la caméra d'Abel Ferrara, nous emmène de l’autre côté de l’Atlantique.
Certes, le choix n’est pas anodin : quel Européen n’a jamais rêvé de débarquer sur le continent américain autour duquel gravite tout un ensemble de mythes, tel que celui du fameux « rêve américain » qui supporte l’espoir de toute une civilisation en proie au marasme.
On ne peut qu’être renvoyé à l’histoire-même de la découverte du nouveau monde et à tous les fantasmes engendrés par celle-ci.
Autant les siècles nous séparent-ils de cet événement, autant on retrouve encore aujourd’hui des réminiscences de ces images idylliques d’un continent qui nous est loin tout en nous étant proche.
Mylène Farmer nous plonge en pleine métropole californienne et souligne très vite le contraste frappant qui existe au sein de celle-ci.
On est à peine surpris lorsque l’on découvre deux Mylène ; l’une vivant dans un luxe apparent, l’autre dans la petite chambre d’un hôtel minable.
Deux amants noirs les accompagnent, dominateurs, autoritaires.
Leur vie coule au rythme de la banalité, oserais-je dire, l’une se rendant de soirées mondaines en soirées mondaines, l’autre faisant les cent pas sur un pavement froid où les prostitués tentent de se vendre aussi bien qu'elles peuvent.
C’est leur rencontre, le croisement de leur regard respectif, qui bouleversera soudainement leur vie!
On sent, pendant la seconde que dure ce regard (cette seconde résume tout le clip), le conflit d’identité.
Comme une porte qui se serait ouverte sur l’autre, l’émergence massive d’un doute engendré par le
« Si je suis là, sur le trottoir, qui est assis ici, dans la voiture?
Qui suis-je, moi? » .
C’est toute la question de l’identité qui est posée ici : Qu’est-ce qui est moi, qu’est-ce qui est autre?
« Elle existe, puisque je l’ai vue, mais moi, qu’est-ce qui me prouve vraiment que j’existe ».
On ressent bien entendu la problématique typiquement narcissique qui vient remettre en question l’individu dans sa permanence.
L’homme existe-t-il lorsque personne ne le regarde.
« Je suis seul dans cette pièce, qu’est-ce qui me prouve que j’existe encore? »
Certes, ces questions sont perturbantes, car elles nous renvoient implicitement à nos angoisses de non-existence.
Angoisses qui semblent torturer le personnage joué par Mylène Farmer dans California.
Le choix qu’elle opère est simple ; étant donné qu’elle s’est (enfin) vue exister, elle va se conforter à cette image, encore bien ancrée dans sa mémoire.
« Si je suis elle, alors je SERAI enfin! » Voilà la but recherché.
En attendant, la Mylène-prostituée est morte, les agents de L.A. P.D. emporte le corps inerte de la jeune femme.
La gémellité a posteriori ne serait-elle pas concevable?
Mylène nous a, à nouveau, emmené dans un voyage aux limites de notre rationalité. Nous avons dû poser le pied dans des problématiques très anciennes dans notre propre histoire, celles au bout desquels s’élabore (ou non) notre propre conception de nous-mêmes.
L’autonomie psychologique n’est pas innée, elle nécessite la passation d’épreuves, passé le seuil de la naissance, épreuves décisives au sens de la personnalité.
Cependant, celle-ci n’est jamais définitivement acquise, elle peut être fortifiée, maintenue ou encore remise en question au gré des circonstances dont nous sommes les jouets.
Que se passerait-il lorsqu’un matin, alors que vous vous positionnez face à votre miroir, votre image n’y apparaît pas...?!