COMME J'AI MAL

Comme j’ai mal nous replonge dans l’atmosphère des clips qui précèdent les trois derniers, disons plus lumineux.
Mylène met de côté les « on a besoin d’amour » et autres « papa Noël » pour réinvestir la sphère de la souffrance humaine, sa fragilité. Certes, on aurait pu s’attendre à un clip sombre au dénouement comparable à « Désenchantée » ou encore « Je t’aime mélancolie », mais il n’en est rien.

Le clip nous présente une petite fille rousse dans sa chambre.
Un homme (que l’on suppose être le père) la violente et la toute jeune fille ne trouve de compagnie qu’auprès des insectes qu’elle laisse courir sur sa peau juvénile.
Le jeu de caméra, superbe, nous fait voyager dans l’espace et dans le temps.
La petite fille n’est autre que Mylène Farmer.
On découvre cette dernière enfermée dans un placard illuminé d’une simple ampoule. On sent la lourdeur du passé, la hantise des souvenirs qui l’obsèdent, la mènent aux limites de la folie.
Les images tourbillonnent, les coups se perdent, les insectes grouillent sur le sol de la petite chambre alors que Mylène, du bout des lèvres, articule qu’elle « a mal ».
La fragilité enfantine d’une femme, la violence des coups qu’on ressent de l’intérieur plus que de l’extérieur, tout ce qui mène à l’invivabilité, la conscience de ne pas être fait pour ce monde coexistent ici en une profusion d’images au son d’une mélodie brutale et endiablée.

C’est la métamorphose qui est ici traitée. A l’instar de certains insectes qui, pour s’adapter à leur environnement, mûrissent dans une chrysalide afin d’en ressortir plus forts, la petite fille du clip subit une transformation qui la mènera à un état nouveau.
Voici donc notre Mylène Farmer métamorphosée en un être hybride, entre humain et insecte, entre beauté et horreur.

Ce phénomène de métamorphose n’a cessé de faire rêver l’homme un tant soit peu curieux du monde des insectes.
Au cours de sa vie, certains insectes subissent parfois plusieurs mues afin de parvenir à leur état final, généralement celui de leur pleine maturité sexuelle (finalité reproductive).
Le cas classique du papillon est souvent cité à titre d’exemple.
Ce concept de maturation n'est pas loin de ce que nous subissons nous-même lorsque nous grandissons, nous fortifions au fil des épreuves que nous rencontrons. C'est, en effet, par le truchement de certains deuils à effectuer dans notre existence qu'il nous est permis au sens psychique d'ériger des défenses et une permanence de soi suffisamment efficaces pour faire face aux adversités de tous les jours ou les plus exceptionnelles.
Ces diverses progressions, elles nous sont forcées; elles sont les conséquences de situations originalement malheureuses et difficiles et qui débouchent sur une invitation à mûrir, à mobiliser des capacités jusque-là latentes dans cette image de la vie comme un long voyage initiatique.


BT

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