A QUOI JE SERS...

Initialement, ce clip ressemblait à un faire-part digne et touchant, à une remise en question de soi ponctuée de lourdes interrogations existencielles. On s'inquiète de voir Mylène aussi noire dans ses propos et dans ses images: on craint de la voir nous échapper en nous envoyant de la sorte le reflet de son futur artistique.
On s'en étonnera moins quand on sait que cette chanson promouvra ses premières prestations scéniques, la rencontre avec son public a dû lui faire l'effet d'un électrochoc. Ses perceptions vitales ont dû être boulversées par tant d'attention, son âme exaltée mais apeurée d'être un lieu commun où venaient se confondre des milliers de fans, chaque soir. Cet intérêt passionnel, pourtant cher à son coeur, aura vraisemblablement plongé son esprit dans le doute, dans la quête de sa personnalité et dans la recherche de son utilité.
Cette interrogation perturbante l'a fait s'imaginer, au bord d'un énorme précipice aquatique, l'élément naturel qu'elle abjecte pourtant, attendant patiemment Le Passeur, celui qui l'amenera dans "l'autre monde".
Merveilleuse métaphore de la mort cet homme n'en fût pas moins l'origine de bien des craintes. Quel était donc le monde où il comptait mener Mylène Farmer. Il ne pouvait s'agir du néant physique, de l'élimination de son être matériel; sa pudeur ne l'aurait pas mis en scène de cette façon (tentions-nous de nous convaincre!). De quoi s'agissait-il donc?
Le mystère s'estompera quand on la verra rejoindre, le visage calme et serein, la valise emplie de souvenirs un monde parallèle où les artistes s'échouent et se meurent; elle s'en ira rejoindre les personnages de sa vie publique, ne laissant transparaître aucune émotion comme s'il s'agissait d'un choix mûrement réfléchi ou d'un stoïcisme paré à toute épreuve. Avec eux elle contemple l'horizon du vide, l'horizon du rien. On sent la fin proche, l'annonce d'un adieu imminent, Mylène s'en va en silence vers un point connu d'elle seule et ses compagnons impassibles la suivront dans cet ailleurs étrange. Son chant est comme le glas qui sonne l'arrivée d'une mort annoncée. On pleure de la voir nous échapper pour un néant, on craint son non-retour et avec lui notre confrontation avec la réalité selon laquelle tout doit bien finir d'exister un jour, même le meilleur. Ce jour là est peut-être celui-ci mais ce ne fut heureusement qu'un vulgaire simulacre: l'appel du néant n'aura pas eu tant d'attrait à ses yeux que la carrière qui s'offrait à elle.
Finalement ce clip ne fut que l'illustration de la fin d'une étape pour mieux renaître de ses cendres (Mylène nous reviendra 2 ans plus tard radicalement transformée) à moins que ce ne soit le symbole de la petite mort à laquelle on succombe lors de la découverte du plaisir scénique, une sorte de narration imagée de l'orgasme artistique qu'un chanteur éprouve quand son talent rencontre les idéaux de milliers de personnes.

Sans Logique
Allan et Plus Grandir (Live)
Accès au sommaire des clips
Retour à la page d'entrée...

A quoi je sers, les paroles