
Un tableau sombre et matinal s'ouvre sur une double vengeance: celle de la Farmer qui exulte de présenter à un public déjà partiellement conquis ce à quoi elle est prête et ce dont elle est réellement capable pour pénétrer dans la cour des grandes. Le tout à grand renfort de monnaie sonnante qui trébuchera dans les oreilles des producteurs mais résonnera jusqu'aujourd'hui de splendeur dans les yeux éberlués de millions de spectateurs.
Et celle de la gracile et infantile Farmer qui se refusait précédemment à grandir, et qui s'engage présentement dans un combat dont l'issue la fera trucider l'amant nocturne qui voulut la violenter dans le chateau de ses angoisses (Cf. l'acteur de Plus grandir; Rambo Kowalski).
Voila donc, en premier plan, une Mylène prête à affronter le Monde dont le visage glacial et rustre nous lui ferait attribuer tous les vices du monde alors qu'elle nous apparait angéliquement démoniaque, parée de beauté certes blanche de pureté mais pervertie par le port d'un pistolet létal qu'elle prouvera manier aussi bien et aussi radicalement que la plume qu'elle nous offrira dans les prochains textes (Mylène commencera à exhorter ses propres démons avec Tristana).
La brute meurt et avec elle les souvenirs de débuts difficiles: le corbeau s'envole emmenant vers les cimes de la gloire une Mylène Farmer devenue rousse pour l'éternité. Alors qu'elle jouait sa carrière et la vie y afférente, elle n'eut aucun scrupule à nous offrir en spectacle la somme de tous ces dangers. Mais après tout, qu'est-ce que la vie pour une catin quand on est esseulée ?
Seules les femmes de son état peuvent comprendre la légèreté de son existence; ensemble elles s'aident à occulter la réalité de leur vie débauchée dans un grand bain d'eau chaude, éminent purificateur du corps et de l'esprit. Elles oublient de la sorte l'instant présent s'adonnant à des jeux puérils et impudiques mais cette jeunesse, belle et insoucianteé est aussitôt rappelée à sa tâche tendancieuse!
Dehors, les attendent une foule bourgeoise assoiffée d' anarchie sexuelle et de plaisirs faciles, elle a le visage saupoudré d'hypocrisie, de désirs en d'autres temps inavouables; elle a le visage de notre société où les non-dits ont besoin d'un masque pour s'exprimer.
Dans l'agitation luxueuse, l'immobilisme d'un être attirera dans ses filets l'héroïne de cet affriolant ode aux courtisanes. Le temps s'arrêtera sur eux, sur leur deux corps enlacés mais n'emportera peut-être pas cette fois, dans son élan statique, les sentiments de la femme publique donnée et adonnée à "l'Homme" qui la fait vivre. Elle nous en laisse ainsi l'espoir, décrispant son âme un dédain à la Garbo (vue de la sorte dans La Dame aux Camélias; Marguerite GAUTHIER!!!) par l'abandon du papier réducteur, témoin de l'amour qu'elle accorde sur commande.
Hélas le temps reprend son cours, inexorablement, ramenant en son sillage la réalité du quotidien, frappant d'amnésie les potentiels sentiments de la veille. C'est comme une claque en plein visage, un coup de fouet mortel, le sort qui se venge à son tour. Elle va faire comme autrefois : se laisser aller aux jeux bien aléatoires de la vie, personne pour la retenir. Mais soudain le stoïcisme l'abandonne, un sentiment innommable, plus fort que tout vient la tirer de cet engrenage corrompu. Avant il n'y avait pas le choix les duels c'était choisir entre rien et rien; maintenant l'enjeu est beaucoup trop grand pour être misé car ni la perte, ni le néant n'ont le même attrait quand la solitude n'est plus. Bien au contraire, il faut les fuir au grand galop, au grand dam de la société figée qu'une jalousie féroce anime...fatalement.
Il y avait un choix à faire et Libertine l'a fait, pour tenter le destiné la vie tout simplement, voir de l'autre côté du miroir, assistée par des bras protecteurs qui ne pourront finalement pas l'emporter là où elle comptait abolir ses turpitudes, ils pourront juste la mener aussi loin qu'un vague souvenir d'évasion... Tentative desespérée de fuite vers l'avant qu'une société amorphe pénalisera dans un élan de haine envers tout ceux qui se marginalisent dans la réussite et en tirent du bonheur.
Les corps des fuyants gisent sur le sol, la quête vaine et leur sang s'écoulant en un dernier sanglot, en un ultime regret de n'avoir pu joindre leurs mains dans la découverte d'un nouveau sentiment...
Libertine dans la carrière de Mylène fut le détonateur de bien des choses mais aussi l'illustration originale de l'état d'artiste; un être qui pour la gloire, se prostitue à un public qui le paiera en remerciement de ce plaisir octroyé. Le chanteur est la chose du public sans laquelle ni l'un ni l'autre ne seraient rien. Pour conquérir l'autre, l'un est prêt à toutes les audaces (de la frivolité à la sensualité, de la perversité au sadisme), et ce, à la grande satisfaction de chacun.
Plus Grandir
Tristana
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