QUE MON COEUR LACHE
« Que mon coeur lâche » est la première infidélité de Mylène au réalisateur de tous ses clips. C'est en effet Luc Besson, cinéaste éminent, qui a mis en scène la deuxième contribution de l'artiste à la prévention contre la maladie du siècle: les amours sidéennes et ce dans une réalisation sobre et humoristique dédramatisant fortement le sujet de la chanson.
La communion de ces deux talents ne sera guère décevante, le constat qu'ils dressent de notre présente société est d'un corrosif extrêmement réaliste où les symboliques ne font guère défaut:
Au-dessus des nuages, dans un monde que l'on qualifierait volontiers de paradis, vit un ange insouciant du destin périlleux qui l'attend. Dieu, en homme d'affaires austère et curieux, flanqué d'un fils incapable, vient en effet de décider de l'envoyer en mission sur terre, à notre époque, afin d'y enquêter sur l'amour des hommes et des femmes. Il suivra son périple sur son écran vidéo, contagion de la civilisation moderne...
Lors de son arrivée sur terre, c'est la claque magistrale, l'émergence d'un monde aseptisé vers un univers où les sentiments ne s'expriment que par l'excessif. D'un extrême à l'autre les couples se déchirent, se damnent au sexe. Quel étonnement que de voir qu'il existe parfois mais si rarement encore un juste milieu; un couple d'amoureux, enlacés et timides, timorés de se vouer l'un à l'autre, corps et âme!
Malgré ce spectacle exceptionnel et enchanteur dans notre monde actuel, on ne peut que se sentir interpellé par le Mystère que recèle une boîte de nuit à l'enseigne déjà prometteuse: "Q" (Q comme, politiquement parlant Que mon coeur lâche, Q comme quartier général, Q comme le postérieur délicat qu'il nous arrive de déposer gracieusement, Q comme le plaisir que l'on peut tirer de certaines attitudes bien humaines). Un impressionnant cerbère en garde la porte, n'en autorisant l'accès qu'après une appréciation sélective de l'apparence de tout qui se présente (pauvres mortels où les apparences demeurent les seules valeurs sûres). Les refoulés de la discothèque se précipitent alors sur des masques euphorisant, distribuant de l'amour à volonté, signe des temps où les plaisirs sont de plus ont plus artificiels et les palliatifs si multiples que même la spiritualité s'est évanouie au profit de demi-dieux, asexués et fortunés, dont les physiques s'adaptent au gré des exigences terrestres (cf. M. Jackson dont le fan le plus ardu est J.-C. lui-même!).
L'ange, à sa débarcation, n'a donc que l'embarras du choix entre une existence pucelle à la Jackson, un amour singulier mais monocorde, les exclus du "in" (refusant de se plier aux règles sociétaires ou se repliant volontairement sur leur solitude à moins que ce ne soient leurs enveloppes qui soient inaptes) repus de simulations ou encore l'étrange ballet humain qui se gondole, dissimulé derrière une porte inaccessible. L'ange soudain acquiert la curiosité et la tentation, caractéristiques bien terrestres, et se décide à pénétrer dans cet univers d'interdits où les gens sans doute doivent s'y lâcher plus que d'autres. Mue de perversité impatiente, elle abandonne donc son costume d'ange pour s'uniformiser avec les extérieurs de quelques clients qui eurent accès à la discothèque et se transforme ainsi en une sorte de femme fatale dont les contours, bien mis en valeur par un sombre costume sexy ne manqueront pas de rendre le gardien de la porte très indulgent à son égard.
Faisant fi de son état d'esprit angélique, Mylène pénètre aussitôt dans cet univers affriolant dont la perversité ne manquera pas de la mener plus loin, de gré comme de force, guidée par des êtres joyeux d'accueillir en leur sein, une telle nouvelle beauté. Elle part ainsi à la découverte des visages qui le peuplent et des sexualités qui le particularisent. Elle y découvre alors comme un monde de débauche qui n'est que le reflet de l'état de nos propres moeurs ou le miroir de désirs enfouis que l'on rêve de faire éclater au grand jour. Chacun de nous rêverait de se mêler au ballet de ces gens heureux (en apparence); un frein cependant nous pousse à demeurer dans un enclos assagi: la maladie de l'amour, perverse et lâche. D'un coup on se demande si ce monde fantasque où le profit de la vie semble loi en vaut le peine plus que les autres; après tout, les visiteurs passent par le même masque à gaz que les refoulés, ne serait-ce finalement pas un monde d'apparences trompeuses? Ou est-ce finalement l'ultime forme d'amour à laquelle l'on puisse s'adonner sans risques, condamnés que nous sommes à faire abstention du don de son corps?
Dans ce chaos, on ne peut que s'interroger sur la réalité de nos relations; le strass est triste, les amours excentriques sont mortelles, les paillettes déchantent... Le seul garde-fou à toutes ces misères est l'insinuation entre nous d'un bout de caoutchouc, corps glacé qu'il nous faut apprendre à apprivoiser...mais avons-nous le choix? Dans nos élans passionnels, il nous faut nous préserver de la torture contagieuse: le goût du risque, certes, mais sexuel, pas mortel. Ainsi, même les danseurs entre eux se satisfont sans véritable contact; un léger voile les dissimule et semble n'être que la parabole du rubber salvateur!
Mylène et Luc Besson ont de la sorte repris un thème qui leur était cher; la quête suicidaire (cf. Le grand bleu), la soif de l'absolu, les enjeux multiples et la dangerosité de nos choix! Dans ce superbe conte révélateur de bien des symptômes modernes Mylène nous invoquera leur avancée si impitoyable que même elle n'en sera pas épargnée, ces divers tourments étant aussi son lot quotidien.
Je vous propose, en outre, de visiter une gallerie de photographies prises par un journaliste américain, Dan Habib, qui s'est intéressé à la vie sexuelle des jeunes d'aujourd'hui.
Son exposition se nomme "Teen Sexuality in a Culture of Confusion", ce qui pourrait se traduire par "La Sexualité des Jeunes dans une Culture de Confusion".
Il y traite du SIDA, de l'homosexualité, du marriage; en passant du conventionnel à une approche plus excentrique.
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Que mon Coeur Lâche, les paroles