
Le monde des morts côtoie de près celui des mortels qui n’ont, aujourd'hui, de commun qu'un épais manteau de neige où viennent s'inscrire les marques d'une civilisation, elle, bien mobile: Sur la frontière les séparant, un tramway laisse débarquer l'âme déphasée d'un ange irrémédiablement déchu, voué, semble-t-il à l'accomplissement d'un culte éternel comme s'il était le rite salvateur de sa propre existence ! Comme tant d'autres avant lui, il parait venir pour déposer, sur l'une des nombreuses maisons funèbres, l'habitude lasse de ses turpitudes mortelles et s'adonner à la contemplation mélancolique d'un passé vivace dont on devinera vite qu'il fût complètement anéanti par la disparition d'un être cher : son double féminin.
Le voilà donc venu chercher dans cet univers adjacent l'abolition de ses souffrances par la réalisation de quelque sacre au sens lourd de regret comme s'il était l'acquisition graduelle de son absolution. Sa quête cependant ne sera pas vaine; l'autre n'est finalement pas mort comme il voulut d'ailleurs qu'il ne l'ait jamais été et sitôt ces retrouvailles faussement improvisées, la solitude de ces deux êtres s'évanouira en une symbiose charnelle et spirituelle, le tout dans un univers de confusion dont on ne saura jamais s'il ne s'agissait que de la réminiscence de souvenirs flous ou de la résurrection miraculeuse mais momentanée d'un amour défunt.
Néanmoins, voila que le temps qui avait suspendu leurs existences, n'a pas freiné son propre élan: Le couple vient juste de se retrouver que leur exutoire arrive déjà à terme, la réalité de chacun les rappelle à leurs mondes où règnent en maître, une fois de plus et plus oppressants encore, les regrets, plaies à jamais béantes d'une âme passionnée coupée dans son envol.
Avec "Regrets", Mylène Farmer allie pour la première fois de sa carrière son talent à celui d'un auteur-interprête aussi éminemment discret: Jean-Louis Murat. Tourné en Hongrie, comme le précédent, ce clip illustre à merveille leur rencontre artistique, la confusion de leurs deux genres. Comment ne pas voir, en effet, dans cette visite au cimetière, la réponse de Jean-Louis Murat à l'invitation musicale de Mylène Farmer? Divers éléments s'accordent à nous le faire croire: le cimetière n'est-il pas l'emblême scénique et poétique de l'univers Farmérien par excellence? Un chevreuil aura même l'audace de passer par là, petit Bambi ne quittant plus sa maîtresse comme les nombreuses autres symboliques que sont la neige, la sobriété, l'émoi passionnel et aussitôt avorté. Et c'est que Jean-Louis Murat semble se complaire dans cette découverte! Faisant fi des critiques qui ne manqueront pas de lui reprocher cet "écart titanesque", il n'hésitera pas à échanger sourires et complicité avec Mylène, le tout dans un courant de respect et d'admiration mutuels qu'on est loin de ressentir comme feints.
Leur rencontre ne sera cependant que de courte durée, chacun s'en retournant dans son propre univers, en évitant de clore cette escapade par de longs adieux.
Désenchantée
Je t'aime Mélancolie
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