
Pour son quatrième clip, Mylène nous emmène cette fois dans les paysages enneigés de la Russie profonde, contrée sauvage aux plaines qui s’étendent à perte de vue, où la forêt de pinèdes recèle les mystères les plus inattendus et où les loups rôdent, à la recherche de proies pour assurer leur subsistance.
Le clip s’ouvre sur une discussion entre la Tsarine (Sophie Tellier), qui vit dans un palais de miroirs et d’artifices de beauté, et le vieux moine, qui vient informer sa maîtresse du danger grandissant de la révolution russe.
Changement brutal de décors : on se retrouve dans la forêt au travers de laquelle une jeune fille aux cheveux de feu se fait poursuivre, au bruit de ses rires enfantins, par un jeune homme.
De toute évidence, ils s’aiment tous les deux; leur innocence nous gagne...
On ne peut nier la ressemblance du clip avec la fable centenaire de Blanche-Neige. Les personnages sont d’emblée situés : la Tsarine (Marâtre) est obsédée par son image et la peur indicible de perdre la seule chose à laquelle elle tient : sa beauté.
Le moine, qui fait office de père impuissant, annonçant à sa maîtresse qu’une certaine paysanne fait ombre à sa beauté.
Tristana, cette paysanne, encore pure et naïve, qui découvre les premiers jeux de l’amour en compagnie d’un jeune révolutionnaire coiffé d’une casquette, Rasoukine.
Le film semble jouer sur plusieurs panneaux :
- au niveau individuel, il retrace l’accession d’une jeune fille prépubère à sa sexualité.
- au niveau que j’appellerai politique, je suppose qu’il fait office d’allégorie à la situation politique de la Russie en proie aux querelles intestines, la révolution d’Octobre opposant le pouvoir en place (le tsarisme) et le peuple, symbolisé par les nains, immatures et au développement arrêté.
N’étant, moi-même, pas un spécialiste du problème de l’émergence de la dictature du prolétariat en Russie à cette époque mémorable dans l’histoire de l’humanité, je n’oserai m’avancer davantage dans des interprétations socio-économico-culturelles. Je me tournerai davantage sur le niveau individuel précité.
En effet, le clip renvoie à un épisode important (quel euphémisme) de la vie d’une jeune fille ; celui du passage d’une vie encore innocente et pure régie par le jeu et l’insouciance à une autre, qui « tue » la précédente afin d’accéder à un état différent (j’hésite à dire supérieur) dominé par une conscience autre car liée au plaisir lié à la sexualité.
Tristana passe, en effet, par différents stades maturatifs qui apparaissent comme extérieurs à elle.
Elle subit tout d’abord les assauts de 4 cavaliers envoyés par la Tsarine jalouse de la beauté de cette jeune fille; le sang recueilli sur la lame du sabre sera censé offrir à la marâtre narcissique la beauté de la nouvelle rivale innocente (on retrouve cette croyance ancestrale dans nombre de traîtés anthropologiques).
Cependant, Tristana survit et se retrouve sous la protection de 7 nains qui, quelque part, lui permettent de ne plus grandir, d’échapper aux drames de la sexualisation...
Ce refuge (régi par la routine; 7 = chiffre de la répétition, des 7 jours de la semaine, redondants à l’infini) efficace dans un premier temps, faiblit cependant lorsque la jeune fille ôte la croix de son coup et reçoit la visite de la Tsarine déguisée en vieille vendeuse de pomme.
Les conséquences ne sont que suggérées. Le sang qui souille, qui fait peur, qui marque la fin de « quelque chose »...
Prise à son propre jeu, la Tsarine a provoqué sa propre fin dans sa rivalité à la belle Tristana. Elle est dévorée par sa haine, ses pulsions restées incontrôlées, tandis que le vieux moine, s’écroule, désespéré sur le sol enneigé auquel il se confond.
Rasoukine revient, retrouve la femme qu’il aime allongée sur la table, inerte.
Les nains la surveillent. Un baiser...Rien n’y fait. Tristana n’est plus.
Elle a tout laisser derrière elle. Elle est joyeuse, jouant dans la neige, entre en harmonie avec elle; sa robe immaculée...
Les dernières images du clip vont à Rasoukine, seul, contemplant un couché de soleil, celui qui marque la fin d’une vie. Y aura-t-il une nouvelle aurore après cette perte tragique...?
Petite digression intéressante :
Je vous propose la lecture de quelques articles qui traitent de la Russie et du Communisme tirés du Monde Diplomatique.
Libertine
Sans Contrefaçon
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