Histoire d'une amitié

Ce texte est proposé au lecteur en préface du Livre des Rêves qui naquit en 1934 de l'amitié de Luc Dietrich et Lanza Del Vasto. Luc parlait, se défaisait de ses démons, pendant que Lanza écoutait et rédigeait sous sa dictée. Leur alliance créatrice est unique dans toute l'histoire de la littérature française.

Lanza Del Vasto, de son véritable nom Jean-Joseph Di Trabia-Branciforte, était un écrivain français d'origine italienne. Partisan de la non-violence comme son maître, Gandhi, il voulait, par l'exemple de sa vie et par l'influence de ses œuvres, délivrer le monde moderne de ses servitudes. Il a publié des poèmes et des essais en prose.
Dans Histoire d'une amitié, Lanza fait une étude posthume de celui qui fut son meilleur ami.
Lanza Del Vasto
Il fait ainsi découvrir cet auteur pour qui " la littérature était l'avant-dernier des soucis et la gloire littéraire le dernier. " On comprend ici à quel point l'écriture fut une thérapie pour le jeune homme et non une banale source de revenu.

Lanza évoque la mort dont Luc ne cessa jamais de parler et d'écrire d'abord avec celle de sa mère ensuite avec la sienne. En effet, il semble que Luc Dietrich ait toujours été persuadé de ne pas vivre vieux. Quand Lanza lui dit " Je t'affirme que dix ans ne passerons pas que tu n'aies donné au monde ton chef d'œuvre. "
Luc lui répond : " Dix ans, c'est long.[…] Pour moi, c'est mortellement long : qui te dit, Lanza, que je pourrais vivre tout ce temps là ! " De même, Luc fait des rêves prophétiques concernant sa propre mort. En 1933, soit plus de dix ans avant sa mort, il écrit : " La voûte se resserre, les éclairs s'épaississent, mon corps est déjà sec, on sent siffler le vertige des étoiles qui tombent… La destruction me précède et m'étouffe. " Comment, à cette époque, le jeune homme aurait-il pu prévoir qu'il mourrait lors d'un bombardement à la fin de la Seconde Guerre Mondiale ?

Lanza explique aussi comment il fut un obstacle bienveillant entre Arlette et Luc. Celle qui représente tous les démons de Luc veut le ramener à elle après la fuite de celui-ci. Il connaît, selon elle, beaucoup trop de détails sur le trafic de drogue. Pour ce faire, elle propose de l'argent à Lanza afin qu'il cesse de raisonner son ami. Mais Lanza, homme honnête et intègre, refuse.

On apprend de même dans cette sorte de " mini-biographie " que Luc Dietrich était un homme très critique envers lui-même. Il se notait , sur un cahier noir, avec la plus grande sévérité et collait dans un album les plus mauvais articles de critiques écrits sur Le Bonheur des Tristes : " Il avait même recueilli dans un petit carnet une sorte d'anthologie de toutes les méchancetés que les ennemis, les amis et les imbéciles débitaient sur son compte, et en toute calomnie découvrait assez de vérités pour en faire son profit de tristesse. "

Autre point important de ce texte, on découvre des détails concernant son histoire d'amour avec Lucrèce (son vrai nom étant Joyce), rencontrée à Florence. Ainsi, quand celle-ci ne lui donne plus de nouvelles durant vingt jours, Luc la croit malade, accidentée, séquestrée ou encore morte mais, suite à une lettre écrite par Lanza lui réclamant des nouvelles, elle lui enverra ces mots : " Je ne t'aime plus. " Elle ne veut plus entendre parler de lui, et pour cause: la jeune fille a un amant. Luc est touché au plus profond de lui-même et s'alite. Il ne se lève que pour consulter des psychiatres, graphologues, cartomanciennes et autres voyantes.

A travers ce texte plein d'émotion, on découvre une personnalité fragile qu'était celle de Dietrich Le Grand Ami, Lanza, fait le deuil, par ce texte de son ami mais surtout pas de leur amitié qui se trouve ici plus que jamais présente, puisque plus forte que la mort. Son hommage se termine par une question de Lanza à Luc à propos de sa recherche constante de l'amour, de la connaissance et de la délivrance : " Ô ami, as-tu trouvé cela dans le monde des âmes où tu m'as précédé ? "