Alfred Kubin (1877 - 1959)

Nous allons, dans cette page présenter un monde étrange, fascinant et dérangeant d'un des peintres autrichiens qui s'est attelé dans sa carrière à projeter ses fantasmes les plus divers sur l'outil d'expression que constitue la peinture. Il n'est pas besoin ici de rappeler toute l'importance de cet élément de surface que constitue la toile d'une oeuvre d'art pour en comprendre sa pertinence au sens de limite, de barrière entre deux mondes...

C'est lors d'une exposition qui s'est déroulée ici, à Bruxelles, que j'ai eu l'opportunité, pour la première fois d'être confronté aux dessins, croquis et peintures d'Alfred Kubin.

Le Musée Communal d'Ixelles avait, à cette occasion, reçu des autorisations suffisantes ainsi que la confiances des détenteurs des oeuvres de Kubin afin de mettre sur pied cette superbe exposition.
Je fus instantanément touché par les thèmes, la vision du monde de Kubin et son approche du dessins de telle sorte que je décidai d'entreprendre certaines recherches complémentaires que je m'autorise à partager avec vous par cette présente page.

Je présenterai en outre une réflexion plus profonde des oeuvres d'Alfred Kubin afin de tenter de dégager les thèmes récurents que l'on rencontre lorsque l'on se plonge dans cet univers fascinant qu'est celui de ce peintre tourmenté.
Cette approche originale visera, en outre, à mettre des liens entre ll'abord de l'artiste autrichien et d'autres modes d'expression des même thèmes.

Mais tout d'abord, j'ai jugé bon de fournir quelques éléments de biographie afin de situer quelque peu la vie d'Alfred Kubin.
J'ai choisis comme mode de présentation celle d'un déroulement chronologique qui suit les événements marquants de la vie d'Alfred Kubin, illustrée par certaines de ses oeuvres.
J'espère, par cette dernière vous faire partager les émotions, les peurs, les joies de ce peintre trop méconnus par le grand public à mon sens.
Bon voyage...

 

1877

Alfred Leopold Isidor Kubin est né le 10 avril à Leitmeritz en Bohème Du Nord.

Son père, Friedrich Franz Kubin (1848 - 1907) était géomètre tandis que sa mère, Johanna Kletzl (1847 - 1887) était pianiste.


A droite, "La Meurtrière d'Enfants", ca 1925, plume et encre de Chine, aquarelle sur papier cadastre, 27,1 x 37 cm.
Le thème ne doit probablement pas être anodins.

1879

Alfred et sa mère déménagent à Salzbourg, rejoints deux ans plus tard par son père qui exerçait un métier d’arpenteur en Dalmatie.Friedrich n’avait jamais vu sans fils auparavant.

1881

Maria, la sœur d’Alfred vient au monde. Il a toujours entretenu avec elle des contacts privilégiés.

1883

La famille kubin déménage à Zell am See.

1887

Friedericke, autre sœur d’Alfred naît alors qu’en mai de la même année, sa mère meurt de la tuberculose pulmonaire.Quatre mois plus tard, son père se remarie avec Rosa Klezl, sœur de la mère, qui meurt l’année suivante à la naissance de la demi-sœur Rosalie.


1891

Kubin, après de nombreux échecs au collège réintègre l’école communale de Zell am See avant d’être envoyé par son père à l’École d’arts appliqués de Salzbourg où il reçoit, au début, de bonnes notes.
Son père se remarie avec Irene Kühnel (décédée à Klagebfurt en 1940).

1892

Kubin doit de nouveau quitter l’École d’arts appliqués. Son carnet de fin d’année ne comporte que des notes insatisfaisantes, hormis en sciences naturelles.

1892 - 1896

Son père l’envoie à Klagenfut apprendre la photographie auprès de son beau-frère Alois Beer, frère de sa troisième femme.

1896

Pendant ses quatre années d’apprentissage chez son oncle, Kubin travaille essentiellement comme assistant retoucheur et s’absentera souvent le soir. Des nuits passées à boire, une nervosité grandissante et des conflits avec ses supérieurs et ses collègues le conduisent finalement à la crise. Kubin se rend à Zell am See sur la tombe de sa mère, pour s’y tuer d’un coup de feu.
Sa tentative de suicide
échoue.
Son oncle le renvoie chez lui.
Kubin essaie de se faire enrôler comme
volontaire à l’armée.

1897

Malgré les doutes qu’éveillent sa constitution fragile, il est accepté à l’armée. Après seulement trois semaine, il fait une crise nerveuse grave et passe trois mois dans l’hôpital de garnison à Graz. Une fois relâché, il rentre à Zell am See.

1899

Kubin entre à l’Académie des Beaux-Arts et est accepté dans la classe du professeur Gysis. Il fréquente irrégulièrement le cours et finit par arrêter ses études.
Le cycle d’eaux-fortes de Max Klinger
"Un Gant" déclenche chez Kubin une « avalanche de visions d’images en noir et blanc » et le conduit à trouver son propre univers d’expression, l’imaginaire cauchemardesque de son œuvre de jeunesse.
Après cette expérience, Kubin est saisi d’une
frénésie créative qui ne le quittera pas hormis quelques fluctuations jusqu’en 1903.

1900

Kubin développe de plus en plus sa technique du dessin à plume (encre de Chine, noir et blanc, lavis ou crachis).


A droite, "Une pour toutes" 1900 / 1901, plume et encre de Chine. 35,8 x 27,7 cm

1901

Il entre en contact avec l’écrivain Max Dautheney qui le fait connaître à un milieu d’écrivains et d’amateurs d’art intéressés par la littérature.
Il fait également la connaissance de
Hans von Weber. Après avoir vu les travaux de Kubin, ce dernier décide sur le champ de publier un carton de dessins de Kubin.
Weber devient ainsi le premier grand mécène et protecteur de Kubin.

1902

Kubin tient sa première exposition dans la galerie Paul Cassirer à Berlin.


A droite, "L'Oeuf", 1902 / 1903, plume et encre de Chine. 15,2 x 23,8 cm.
L'Oeuf semble illustrer la trible interrogation des philosophes :

"... Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? ..."

1903

En mars, lors d’une visite chez son père qui vit à présent à Schärding, Kubin fait la connaissance de son grand amour, Emmy Mayer.
Kubin dessine sa première couverture de livre pour le frontispice d’un recueil de nouvelles de Thomas Mann, « Tristan ».
En septembre, il voyage en Dalmatie avec Fritz von Herzmanovsky, dont il a, sans doute, fait la connaissance la même année.
C’est le début d’une amitié qui devra durer toute sa vie et dont témoignent près de cinquante ans de correspondance.
Après avoir beaucoup été différé, le carton publié par Hans von Weber sort sous le titre « Alfred Kubin, quinze tirages en fac-similé » avec une préface de Hans Holzschuher.
Écho très favorable de la presse munichoise, berlinoise et viennoise.
Le 1er décembre, sa fiancé
Emmy Mayer meurt du typhus.

1904

Exposition de la « IX. Phalanx », dans laquelle sont représentés en première ligne Alfred Kubin (avec 30 oeuvres) et John Jack Vrieslander mais aussi Kandinsky, Rudolph Sieck ainsi que d’autres artistes munichois
Kubin se rend pour deux jours à Leipzig où il rencontre Max Klinger.
Il fait la connaissance de
Hedwig Gründler, la sœur de l’écrivain Oscar A. H. Schmitz.
En quelques semaines, ils decident de s’épouser.
En décembre, Hedwig tombre une première fois gravement malade.

1905

Kubin se rend a Viennes. En visitant le Kunsthistorisches Museum, il est profondément impressionné par les tableaux de Breughel. Koloman Moser l’initie à la peinture a tempera qu’il expérimentera dans sa phase créative suivante.

Ici à gauche, vous pouvez contempler "La Préparation" (1906) qui est un tempera sur carton, 36 x 34,4 cm.
C'est ici, sous une approche très "organique" que Kubin approche le monde de la sexualité. L'entité monstrueuse qu'il représente est un amas de chair dans lequel on peut distinguer des sexes, des organes liés, de loin ou de près, à la sexualité ainsi qu'un rapproché corperel entre deux êtres.

 

1906

Au cours d’un voyage à Paris, Kubin rencontre Odilon Redon.
En mai, Alfred et sa femme Hedwig font l’acquisition du petit château de Zwickledt en Haute-Autriche, au-delà de Wernstein sur l’Inn.
En octobre a lieu le
déménagement définitif de Munich à Zwickledt.

1907

Kubin expose, à nouveau à Berlin, chez Paul Cassirer.
Il entreprend un voyage de trois semaine en
Bosnie et en Dalmatie.
Son père décède cette même année à Schärdling.


A droite, "Souvenir de mon premier voyage en Bosnie" 1907. Plume et encre de Chine sur papier cadastre. 23,5 x 16,5 cm.

1908

Kubin effectue une voyage en Italie du nord avec Herzmanovsky.
A son retour, pris d’une soudaine ardeur créatrice, il écrit
son roman « L’Autre Côté » en l’espace de huit semaine et en quatre autres semaines, en réalise les illustrations.

1909

Alfred Kubin entre à la « Neue Künstlervereinigung München ».


Après 1910 ...