| Con-Texto, préface de Daniel Fano : Depuis le Sabotage amoureux, on savait qu'Amélie Nothomb n'avait pas oublié ce que c'est d'être un enfant et qu'elle excellait à retrouver l'esprit d'enfance à volonté. Son look à la Mary Poppins ajoutait à notre espoir de la voir un jour écrire quelque chose pour la jeunesse. Avec ce premier recueil d'histoires où elle ironise sur la féerie, sur la vie, elle confirme le bien-fondé de notre attente. |
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Sa Légende peut-être un peu chinoise n'est pas exactement une salade de contes (une salade pur jus consiste à se faire rencontrer, par exemple, le Petit Chaperon rouge et le Petit Poucet) mais on y relève sans difficulté les échos de Cendrillon et de La Belle et la Bête. Le ton est juste d'emblée : ça démarre de la façon la plus classique pour donner l'impression d'un air connu, et tout à coup, sans crier gare, on bifurque dans le burlesque, l'absurde, le grotesque. Dans cette sorte de parodie de conte exotico-philosophique du XVIIIème siècle, non seulement la métamorphose physique n'est pas dirigée de la laideur vers la beauté, mais elle est la conséquence parfaitement triviale d'un accident stupide. Un court instant, la morale semble la même que celle énoncée par Madame Leprince de Beaumont ("Il ne faut pas se fier aux apparences"), sauf qu'Amélie Nothomb a décidé de ne rien concéder à la consolation frelatée, elle a choisi de conclure comme Tomi Ungerer dans Le Géant de Zéralda.
Le comique d'ambiguïté est aussi présente dans Le Hollandais ferroviaire, une plaisanterie dans le droit fil du grand Roald Dahl, qui n'aurait pas renié non plus De meilleure qualité, farce macabre où pas un mot n'est superflu. Ce dernier texte sera sans doute le préféré des lecteurs entre 9 et 12 ans environ : sa cruauté n'a rien de gratuit, c'est un modèle d'attitude railleuse à l'égard des prétentions et des hypocrisies qui fondent la société des adultes.
"Un livre sans dialogues et sans images n'est pas un vrai livre", disait Alice Carroll. Kikie Crèvecoeur interprète plus qu'elle n'illustre : pas de redondance mais un art consommé d'entraîner l'oeil et son intelligence poétique toujours plus loin. Les cinquante portaits d'épouses potentielles, le chapeau en forme de caractère chinois ; le travelling du voyage en train où le paysage, et la vitesse, et les passagers sont exprimés avec une lisibilité, une émotions implacables ; enfin, les vignettes à la tendance abstractive raffinée qui accompagnent le dernier récit, les femmes mortes représentées comme des statues sans visage et les mains étrangleuses refermées sur le cou gracile de la top model sacrifiée. Cela gravé dans l'espace d'une gomme exploitée de tous les côtés. Magique, fascinante, la révélation d'un monde qui correspond avec exactitude à l'espace mental de l'enfance, où tout ce qui est minuscule, miniature, est l'objet d'une attention grandiose. Quel bonheur !
Daniel Fano
| On oublie tout ce qui est important. Ainsi on a oublié l'admirable Palais des Nuages où vivait, il y a 10234 ans, l'Empereur du pays le plus impérial de l'univers, la Chine. C'était un lieu d'une beauté si formidable que les visiteurs devaient porter des lunettes de soleil pour les voir, car ses murs étaient recouverts de papier aluminium qui le faisait briller comme une casserolle neuve. |
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L'Empereur Tong Shue mourrut. On l'enterra avec ses 99 épouses vivantes. Ce fut une cérémonie très éouvantes. Quand furent achevée les années de deuils national, le grand Chambellan de la cour demanda audience au fils unique de l'Emprereur, le sublime prince Pin Yin.
- Prince, dit-il en se prosternant à ses pieds, il est temps que vous succédiez à votre vénérable père. Mais vous connaissez les lois chinoises : un prince n'a pas le droit de devenir empereur s'il n'est pas marié. Vous avez vingt ans ; il est temps de prendre femme. Je vais donc envoyer le peintre Tchang à travers chaque province du pays pour qu'il fasse le portait des plus belles princesses. Il vous apportera les tableaux et vous pourrez choisir sans vous déplacer.
| Le TGV vient de remplacer le train paléolithique sur la ligne Paris-Bruxelles. Il faut reconnaître que c'est un progrès : le trajet ne dure plus que deux heures au lieu de trois auparavant - disons au lieu de quatre ; car l'antique véhicule était toujours en retard ; les wagons sont propres, confortables et climatisés, il n'y règne plus d'odeurs fétides. Il arrive même que l'on y croise des contrôleur avenants. Tout ceci est extraordinaire. | ![]() |
| Ernest Blouch était tueur en série comme d'autres sont pickpocket ou témoins de Jéhovah : par désoeuvrement. Il pensait qu'assassiner une femme par jour donnait un sens à sa pauvre vie. Et quand je dis pauvre, je parle tant de misère matérielle que spirituelle : Ernest avait aussi peu de culture que d'argent. Quand il s'était agi de meubler le vide de son existence, il n'avait pas eu d'autre idées que le meurtre en série : meurtres de femmes, parce que c'est plus facile et parce que cela lui donnait l'inexplicable impression d'être Don Juan, lui qui n'avait jamais eu le moindre succès féminin. |
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| Il n'est pas très aisé de se procurer un exemplaire de "Brillant comme une casserole". Suite à la publication des 600 exemplaires numérotés, l'éditeur a publié une version brochée de l'ouvrage qui se présente avec une couverture de couleur rouge. Certaines librairies disposent de ces ouvrages. Il est également possible de contacter la maison d'édition qui est celle-ci :
La Pierre d'Alun A.S.B.L |