| Con-Texto : Manuel, le meilleur ami de Jacques, est tombé fou amoureux d'Hélène. Jacques brûle de la rencontrer. Elle doit être tellement belle, tellement brillante cette jeune fille qui a su séduire le plus courtisé des avocats bruxellois ! Mais Hélène n'est ni jolie, ni intelligente et elle n'aime même pas Manuel qui l'adore. Pour Jacques, c'est le mystère par excellence. |
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Ce livre est un nouvelle qui est parue en septembre 1999. Elle était destinée aux lecteurs du Grand Livre du Mois (club français de livre achetables par correspondance ou dans leurs magasins).
Elle fait 39 pages et conte un extrait de vie de trois personnes :
Jacques, est le narrateur de l'histoire. Il fait la rencontre d'Hélène, la petite amie de Manuel, son meilleur ami. Il cache difficilement sa déception. Il restera sans réponse devant le mystère de l'amour.
Manuel est donc le meilleur ami de Jacques. Il est un avocat qui assure son talent et sa renommée professionnelle. Pour Jacques, il rassemble toutes les qualités qu'un homme peut avoir.
Hélène est celle dont Manuel est épris. Elle est décrite comme une fille tellement insignifiante que Jacques ne comprend nullement le fondement de la relation qui l'unit à Manuel.
In-Texto... Ex-Texto :
"Manuel est mon meilleur ami. C'est le meilleur des meilleurs amis. Nous nous sommes connus il y a dix ans, à la Faculté : nous avions dix-huit ans et nous avons vécu ce qu'il faut bien appeler le coup de foudre de l'amitié.
Aussi, quand il m'annonça, il y a deux mois, qu'il venait d'éprouver son premier coup de foudre amoureux, cela me fit un choc.
- Elle s'appelle Hélène. Je l'aime, me dit-il, avec ferveur.
- Tu l'as rencontrée avant-hier et tu l'aimes ?
- Oui. Je n'ai aucune hésitation. Je l'ai aimée dès la première seconde.
Je ne l'avais jamais entendu dire cela. En dix ans d'amitié, j'avais vu ce coureur de Manuel derrière un nombre incalculable de jupons : les filles lui tombaient rôties dans le bec sans qu'il en paraisse ému. Parfois, de véritables canons se traînaient à ses pieds, en vain : il les quittait le lendemain pour une autre. Il m'étais même arrivé de prendre la défense de certaines de ses conquêtes, trouvant qu'il y allait un peu fort. Il me répondait avec une sorte de fatalisme :
- Que veux-tu, mon vieux Jacques ? Je ne l'aime pas. Ce n'est pas ma faute.
J'avais beau lui faire valoir les mérites des pauvres délaissées, la grâce de celle-ci, le charme de celle-là ; il haussait les épaules, blasé.
Autant il était cavalier avec ses maîtresses, autant, il était dévoué envers ses amis. J'étais d'autant plus heureux d'être son meilleur ami ; je dois avouer qu'il m'arrivait d'être fier de sa muflerie envers la gent féminine : cela exaltait en moi un sentiment de fraternité, de solidarité virile entre mauvais garçons. Moi qui n'avais pas tant de succès auprès des femmes, je sentais que le prestige du donjuanisme de Manuel retombait un peu sur moi. (Jacques, p.7, début de la nouvelle)
Jacques idéalise fortement son ami Manuel. Il le pare de toutes les qualités et se sent très proche de lui. Le coup de foudre de l'amitié, tel qu'il nous le décrit, semble effectivement être de l'ordre d'un amour particulier, celui qui unit un individu à ses amis.
Point de sexe dans cette relation qui se base sur une relation en miroir ou l'autre est un reflet auquel on voudrait ressembler. L'autre est donc mis dans une position idéale, celle que l'on désirerait occuper sans se le permettre. Car la question est là : vouloir être ce que l'on se refuse.
L'amitié entre Manuel est Jacques semble ainsi lui permettre de vivre des expériences dont il ne se sent pas "digne". Il décrit Manuel comme un "coureur de jupons" avec admiration alors que lui-même s'y refuse (on peut aisémment constater que dans la séduction, le charme et la charisme prévalent sur la beauté proprement dite).
Les deux amis sont donc unis par un lien d'identification l'un à l'autre.
L'amitié homosexuelle se base ainsi sur un rapport avec l'image idéal que l'on voudrait avoir et ce que nous pensons être. C'est un rapport en miroir qui laisse la place à l'amour. Cet amour est très souvent vécu de manière platonique, c'est-à-dire exempt de relations sexuelles alors que d'autres impliquent un rapproché plus intime.
L'introduction d'une tierce personne (qui compte vraiment) au sein de cette relation amicale provoque alors un sentiment de jalousie induit par le deuil nécessaire de la disponibilté de l'autre. Celui-ci n'est plus constamment là pour jouer son rôle de reflet.
L'identification à l'autre absent mène d'ailleurs à des confusions d'identité. Jacques vivra ainsi un moment au cours duquel il est son ami.
La nouvelle d'Amélie Nothomb est courte et pointe cette question de l'homosexualité latente à toute amitié. C'est la première fois qu'elle abordre les relations de deux personnages masculins.
Comme à son habitude, c'est l'autre comme miroir qu'elle nous décrit.