La seule liberté au monde, c'est la folie...

Sur cette présente page, je vous propose, à nouveau, un voyage.
Un voyage particulier car il va nous mener, vous comme moi dans un univers étrange qui est celui de la nature humaine. Certes, je n’ai aucune prétention d’exhaustivité dans cette tâche qui occupe depuis toujours des milliers de personnes, penseurs, philosophes, psychologues, écrivains,... mais ma seule ambition consiste en une tentative d’illustration de la tourmente humaine par des oeuvres diverses.
Ainsi vais-je m’appuyer sur les productions artistiques de personnages tels qu’Alfred Kubin et Mylène Farmer en tentant de les rapprocher. Le monde dans lequel nous sommes prêts à rentrer sera celui de la psychose. Cette présente page sera donc un essai d’illustration de cette structure de personnalité, comme on a coutume de l’appeler dans les milieux spécialisés, qui est avant tout un mode de pensée particulier.

Le terme populaire pour la psychose est celui de folie, avec toutes les restrictions de sens que cela implique. Personne n’est indifférent à ce concept de folie : tantôt, l’un s’indigne d’apprendre que l’oncle fou que l’on pensait bien enfermé (« fooort ! ») est sorti et a trouvé un emploi, tantôt on idéalise cet état « du tout est permis » qui offre des possibilités de liberté tellement opposées à ce que nous vivons, nous, au jour le jour.
La Ruelle (A. Kubin)Oui, ce concept de folie a bien pour propre de ne pas laisser indifférent.
Au Moyen Âge, les fous étaient envoyés sur un bateau qui voguait sur la mer, aux aléas des courants et marées. C’est Michel Foucault qui évoque cette « Nef des Fous » dans son ouvrage « l’Histoire de la Folie ». On ressent bien cette préoccupation malsaine de s’assurer un écart entre la population « bien portante » et cette population marginale, celle qui pense différemment. Cependant, on ne peut s’empêcher de ressentir une fascination, à peine avouable, envers cet univers inconnu qui est celui du « fou ».
Après tout, n’était-ce pas à lui que s’offraient les horizons lointains des mers inconnues, la liberté absolue face au monde qui nous fait face. L’appel de l’océan existe bel et bien. Il hante l’esprit de certaines personnes, peut-être plus sensibles que d’autres à cet attrait d’un vide qui est un tout en même temps.
Il en est ainsi de Sam, le héros de Claude Lelouch dans « Itinéraire d’un Enfant Gâté ».
Sam, homme d’affaires d’une grosse entreprise à succès décide régulièrement d’entreprendre un voyage sur son bateau personnel et décide même d’y mourir ... pour renaître par la suite, changé.
Un rien qui avale, voilà ce qu’est la mer. Un peu comme la baleine qui avale Pinocchio le pantin (Carlo Collodi, 1883) qui ressort grandit de cette expérience de transition, de passage obligé, comme une maturation qui exige un retour à l’origine fondamentale, le ventre d’une Mère archaïque, insondable, irreprésentable si ce n’est par des associations d’idées, des allusions, des voyages d’un bout à l’autre d’une chaîne signifiante au sens où l’entendait Jacques Lacan, alors que celle-ci ne semblent pas en avoir... Il est maintes descriptions, maints traités qui s’attellent à tenter d’offrir un description fidèle du monde de la psychose, mais aucun ne peut rendre compte de ce lieu, de cette logique, de ce quelque chose. Une des raisons de cette incompréhension peut s’expliquer à l’aide des théories développementales de la personnalité dont se servent les psychologues afin d’élaborer les logiques qui sous-tendent la métapsychologie introduite par Sigmund Freud à la fin du siècle dernier.
La logique psychotique est celle des tous premiers mois de la vie.
Le tout jeune nouveau-né ne répond pas à notre logique. Il ne faut pas être psychologue pour s’en rendre compte, pour comprendre l’état d’hyperdépendance qui caractérise ce nouvel individu.
Malgré les tentatives de rendre le nouveau-né plus adulte qu’il n’est en lui trouvant des compétences précoces et surprenantes parfois, il n’en reste pas moins que celui-ci constitue le prototype d’un état d’immaturité qui servira de référence à tout diagnostic psychologique.
Ainsi, aux tous premiers moments de vie, le jeune enfant vit dans un état d’indifférence complète entre son corps propre et le monde qui l’entoure.
C’est au fil d’une maturation lente et progressive que l’enfant jettera les premières limites de sa personne.
C’est à ce moment qu’apparaîtra cette première distinction dichotomique Dedans / Dehors, Moi / Non Moi.
L’étape suivante que l’enfant aura à franchir sera celle de tenter de découvrir qui ou qu’est-ce qui ce cache dehors. Dit autrement, il devra acquérir une représentation suffisamment stable de ce qui se passe autour de lui. Chaque élément rencontré par le bébé sera susceptible d’être représenté par une image dans son monde psychique (interne). A ce moment, le jeune enfant a acquis, à proprement parlé, la capacité à penser !
La bonne passation de chaque étape que j’évoque ci-dessus assure à l’individu une stabilité psychique suffisante pour échapper à la psychose qui est notre sujet actuel de préoccupation. Ainsi, si vous m’avez suivi (la partie théorique est la plus dure; vous l’avez passée, bravo !) vous avez compris que la psychose n’est due à rien d’autre qu’à une faillite de la capacité à penser. Hmm... en fait, c’est beaucoup plus que cela, mais admettons. ;)

Nous avons donc, certaines personnes qui se caractérisent par une immaturité psychique suffisante (mais non particulièrement nécéssaire) pour induire un état d’inadaptation à la réalité. Cette réalité, elle, se constitue à partir de tous les constats d’impossibilité divers que l’on rencontre au jour le jour sans pour cela remettre en question notre stabilité mentale.
On assiste donc souvent à une série de personnes psychotiques qui ne peuvent supporter aucune frustration. D’autres encore, face à un monde si « cruel » (sic!) s’enfuient dans un monde nouveau qu’ils se créent intérieurement et induisent, entre autre, le phénomène connu qui est celui de l’hallucination.
Le psychotique est en proie à des angoisses très archaïques et parfois tellement insupportables que les suicides ne sont pas rares au sein d’une population de psychotiques. Ce sont ces angoisses qui vont nous intéresser à présent.

Nous allons suivre tout d’abord un artiste autrichien de l’entre-deux guerres, Alfred Kubin, que j’ai découvert presque par hasard il y a peu.
Ses tableaux m’ont tout de suite touché et je vous propose de me suivre afin d’en goûter la substance...
"La Mort et le Peintre (1935) sera la porte vers notre première étape ... Passez donc de l'autre côté!
La Mort et le Peintre

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